Le CELI en questions

j’ai récemment eu le plaisir d’être interviewer par la journaliste Martine Turenne. Cet entretien est rapporté dans la dernière édition de VITA magazine, une publication destinée aux femmes de plus de 40 ans. Voici ce dont nous avons discuté.

dec 2010 Le CELI en questionsPourquoi selon vous Ottawa a-t-il décidé, il y a deux ans, d’offrir aux contribuables ce «cadeau du ciel», comme vous qualifiez le CELI?
À l’époque, la première motivation du gouvernement fédéral était liée à la crise économique, et la deuxième, au vieillissement de la population. Dans les deux cas, on souhaitait encourager les Canadiens à épargner. Ottawa veut ainsi éviter de déséquilibrer ses budgets futurs en consacrant une trop grosse part de ses dépenses au soutien social.

Depuis son avènement en 2009, le CELI est-il devenu populaire?
Les dernières données à ce sujet sont plutôt impressionnantes: il y a actuellement entre 17 et 18 milliards de dollars investis dans les CELI. C’est déjà un très gros succès en termes de dépôt, mais ça l’est moins en termes de rendement: les sommes investies génèrent en effet très peu d’intérêts et cela est dû à une méconnaissance du CELI.

Qu’est-ce qui explique une telle méconnaissance?
D’abord, le nom est mal choisi. Les gens croient à tort que le CELI est un compte bancaire – de type compte d’épargne -, alors qu’il s’agit en fait d’un régime qui permet de faire fructifier son argent à l’abri de l’impôt. On aurait très bien pu l’appeler «régime libre d’impôt». Cela dit, un compte d’épargne, c’est prévu pour les urgences: il ne présente aucun risque, aucune volatilité. Or, les gens utilisent leur CELI comme s’il s’agissait d’un compte d’épargne! C’est une erreur, car ils gaspillent ainsi un instrument drôlement précieux. Comme pour les REER, on peut inclure ce qu’on veut dans un CELI: des placements ultrasécuritaires ou très spéculatifs, des actions (qu’elles soient d’origine canadienne ou étrangère), des certificats de dépôt… Mais avec un nom comme «compte d’épargne», les gens s’y sont précipités dans le seul but de déposer leur argent à l’abri de l’impôt… mais à l’abri de la croissance aussi!

À quel âge devrait-on investir dans un CELI?
Il est avantageux d’y investir le plus tôt possible, alors que notre taux d’imposition est moins élevé et qu’on a moins besoin des REER pour le réduire. À 45 ou 50 ans (lorsqu’on a davantage intérêt à faire diminuer son taux d’imposition), le REER est profitable si on prévoit le retirer à la retraite seulement, sans quoi on sera pénalisé. Après 50 ans, on peut aussi commencer à cotiser au CELI de ses enfants, devenus jeunes adultes, pour financer leurs études ou tout autre projet.

Justement, nous avons toutes de nombreuses obligations financières. Quelle place devrait occuper le CELI dans la hiérarchie de nos priorités?
La première chose à régler, ce sont les dettes coûteuses, comme le solde des cartes de crédit. Puis on se constitue un fonds d’urgence (équivalant à environ trois mois de salaire) dans un compte d’épargne. Ensuite, on investit dans des REER et, le cas échéant, dans un REEE (régime enregistré d’épargne-études). Après tout cela vient le CELI. Selon moi, c’est un compte parfait pour les projets concrets qui stimulent notre intérêt, que ce soit l’achat d’une deuxième voiture ou d’un chalet, un voyage, une cave à vin… Bref, tout ce qui fait qu’on apprécie la vie et le travail.

Le CELI est donc un bel outil…
C’est un compte très positif. Tout le monde a ses raisons pour ouvrir un CELI. Si vous préférez laisser cet argent entre les mains de Jean Charest et de Stephen Harper, à votre guise, mais à voir comment ils le dépensent, j’aime mieux le garder pour moi et le faire fructifier!

Le CELI en bref :
Tous les Canadiens âgés de 18 ans et plus peuvent ouvrir un compte d’épargne libre d’impôt – ou CELI – dans une institution financière, une fiducie, une société de fonds communs de placement, une firme de courtage en valeurs mobilières, une banque virtuelle (Ally, ING Direct, Manuvie, etc.) ou une compagnie d’assurance vie.

On peut y déposer jusqu’à 5000 $ par année, et les cotisations non utilisées peuvent être reportées aux années subséquentes. «La limite d’investissement annuel se chiffre à 5000 $, mais il n’y a pas de limite aux profits générés», note le conseiller gestionnaire Fabien Major, qui qualifie ce compte de «véritable bouclier antimissile des Finances»! Exemple: si le CELI avait existé en 2005 et que vous aviez alors investi 5000 $ dans des actions d’Apple, ce montant serait aujourd’hui multiplié par huit et… totalement libre d’impôt! «Supposons maintenant que vous sortez ce gain pour acheter une BMW et que, la même année, vous héritez d’un petit pécule. Avec cet héritage, vous pourrez renflouer dès l’année suivante les 40 000 $ retirés, car le plafond alloué augmente avec les rendements, c’est-à-dire que la somme à laquelle vous aurez alors droit sera de 40 000 $, et non pas le montant de 5000 $ que vous avez initialement investi.»

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